Condamné à dix ans de prison pour crime de lèse-majesté

Dix ans de prison pour insulte au roi de Thaïlande

Bangkok FLORENCE COMPAIN.

On ne badine pas avec la royauté en Thaïlande. Pour avoir barbouillé de peinture noire des portraits du roi, un Suisse a été lourdement condamné.

BHUMIBOL Adulyadej est révéré par ses 62 millions de sujets. Monarque constitutionnel, il n’a pas perdu pour autant l’aura mystique de ses ancêtres d’essence divine : lorsque le grand chevalier de l’Éléphant blanc apparaît en public, c’est à qui pourra étendre son mouchoir sur le sol dans l’espoir qu’il l’effleure et transforme le bout de tissu en relique.

Des millions de portraits géants du couple royal trônent dans tous les lieux publics et dans tous les foyers. Dans les parcs ou les gares, tout le monde se fige lorsqu’est diffusé l’hymne royal. Au cinéma, on observe une minute de recueillement devant le portrait du roi avant la projection du film.

Et en ces temps d’incertitude politique, c’est à leur roi que se raccrochent les Thaïlandais. La dévotion est telle que chaque lundi ils s’habillent tous de jaune, la couleur du monarque. Mais attention, le roi et sa progéniture sont tabous.

Parler des frasques du prince héritier, du financement des fondations charitables des membres de la famille royale ou porter atteinte à l’image du roi, c’est s’exposer au crime de lèse-majesté, au terme de l’article 112 du Code criminel, qui prévoit une peine de trois à quinze ans de prison.

Contexte politique tendu

Oliver Rudolph Jufer, 57 ans, a commis l’irréparable : il a été filmé par des caméras de sécurité dans un état d’ébriété avancé, en train de taguer cinq portraits du souverain le jour de son 79e anniversaire. Arrêté début décembre dans la ville de Chiang Maï, il a comparu les pieds entravés et habillé de la combinaison orange des prisonniers. Le Zurichois, installé en Thaïlande depuis une dizaine d’années et marié à une Thaïlandaise, a plaidé coupable et encourait des peines totalisant 75 ans de prison pour atteinte à la dignité du monarque.

Cela faisait plus de dix ans qu’un étranger n’avait pas été condamné au terme de cette loi datant de 1908. Fin 1994, un homme d’affaires français avait été brièvement incarcéré en Thaïlande pour avoir proféré des remarques désobligeantes envers la famille royale. Pendant un vol de la Thai Airways, il avait refusé d’éteindre la lumière qui gênait la princesse Soamsowali, ex-épouse du prince héritier Vajiralongkorn.

Si ce genre d’affaires se soldent habituellement par une expulsion, le Suisse pâtit d’un contexte politique très tendu. Les généraux au pouvoir depuis septembre « ne peuvent pas faire preuve de clémence sur le crime de lèse-majesté », explique l’analyste politique Thitinan Pongsudhirak car ils entendent « se servir des trois plaintes déposées contre le premier ministre déchu Thaksin Shinawatra pour avoir manqué de respect au roi comme justification à leur putsch ».

Le Suisse peut tout de même espérer bénéficier d’une grâce royale. Dans l’une de ses rares interventions, en décembre 2005, Bhumibol Adulyadej avait lui-même invité les Thaïlandais et les étrangers à le critiquer ouvertement.

Source : Le Figaro

Que penser de cette condamnation ?
Pour ceux qui ne connaissent pas la Thaïlande, une peine de dix ans de prison paraîtra disproportionnée. Pour les autres…
Ce qui me frappe surtout, c’est que cet homme, âgé de 57 ans, et vivant depuis dix ans au Siam avec une femme Thaï, n’ait pas mesuré la portée de ses actes.
Il n’y a pas besoin de dix ans pour savoir ce que représente le Roi Bhumibol Adulyadej aux yeux du peuple Thaï… Comment cet homme a pu se laisser aller à un tel dérapage ? On me rétorquera que l’alcool l’a bien aidé… Je réponds que même avec quatre grammes de Tiger Beer dans les veines, jamais il ne me viendrait à l’idée d’offenser un portrait de sa Majesté.
Comment aimer ce pays et ses habitants sans aimer le Roi ? Car c’est peut-être de cela dont il s’agit.
Qu’en ont pensé ses amis Thaïs ? Son épouse ? Heureusement pour lui, Oliver Rudolph Jufer a plaidé coupable. Je pense et j’espère qu’il ne restera pas dans une cellule jusqu’à 67 ans, mais je me demande aujourd’hui comment il pourra rester vivre là-bas après ce qu’il a fait. Il lui faudra un sacré courage pour oser affronter les regards qui se poseront sur lui et lui rappelleront longtemps son erreur.

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